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dimanche 31 août 2014

A propos de l'evolution

Évolution...

Je suis venu au Ladakh depuis juillet 2001 et j'en suis à mon 9 ième séjour sur ces sept voyages en terre himalayenne. Lors de mon second séjour, à l'occasion de ma participation au Ladakh Farme Project, en 2014 pour être plus précis, j'avais rencontré un vieux Français qui était venu ici depuis l'ouverture du Ladakh aux étranger en 1974. Il était désolé de voir autant de développement, autant de touristes et sur ce dernier point, nous étions d'accord. Il m'avait alors dit: "ce n'est plus le Ladakh que j'ai connu, je ne reviendrai plus! Leh est en train de devenir " Little Kathmandou!"  À ce neuvième séjour, je commence à réaliser qu'il avait probablement raison! Si au moins les plus pauvres finissent par en profiter, mais ça...

Cette année, j'ai rencontré le grand chambardement. Qu'est-ce que ça sera dans dix ans?

Je ne m'habitue pas au tourisme. Le touriste est d'une espèce souvent avide et bête à la fois, surtout en pays en développement. Ce qui m'ennuie le plus c'est l'attitude, le manque de réécrire, la peur de perdre son identité dont font montre trop de ces voyageurs venus de loin. Je vous entend penser! Vous vous dites "mais toi?".  Je me questionne! Je prend cependant bien soin d'être sourient, poli, amical et respectueux des habitants du monde que je visite.  Les seuls avec lesquelles je me sois déjà enragé, c'est les Français! Mais ça...

Toujours est-il que j'en ai contre tous ceux qui veulent la première place devant les locaux, qui s'habillent de manière choquante pour eux, qui les zoom à un mètre du visage sans même avoir au moins dit bonjour, qui critique la nourriture et ne laissent pas de pourboire, qui entre dans les temples comme on rentre dans un commerce, qui salissent l'eau et l'air avec leurs déchets, et quoi encore...

Mais il y a des lucides et en plus ils n'ont pas d'âge. Il son polits, respectueux, demandent ploiement pardon lorsqu'ils accrochent quelqu'un au passage, apprécient ce qu'on leur sert en laissant quelques roupies au départ du resto, entrent dans les monastères en silence et avec un minimum de révérence et de respect pour cet inconnue tradition, s'intéressent à la culture locale et essaient d'oublier un moment la leur, et bien plus encore...

Little Kathmandou disais ce cher monsieur?  J'en parlais justement ce matin avec un Ladakhi et un américain que travaille ici pour une ONG depuis des années, tous les deux me parlaient de la crainte qu'ils ont à voir les enfants d'ici parler de plus en plus anglais et Hindi et de moins en moins Ladakhi. Ça vous dit quelque chose?  Ils me racontaient aussi que cet été, à cause de la venue de milliers d'étranger pour le Kalachakra donné par la Dalaï Lama, des bus plein de mendiants indiens, travaillant pour des espèces de 'mafioso', arrivaiient pour la première fois pour s'installer ici.  J'ai même donné quelques sous perdus a trois d'entre eux!

En tout cas, il faut en sortir et aller explorer ses rebords, son périf quoi! Il y a des lieux merveilleux et à couper le souffle autour d'ici. D'ailleurs, dès mercredi, je partirai vers mon cher petit village. Là-bas pas de touristes et rien qui ne puisse nous plonger dans trop de 'civilisation'. Ce sera le temps des récoltes et je mettrai sans doute l'épaule au champs pour donner moi aussi quelques centaines de coup de faucille. Je me chargerai sans dout de quelques gros balots de blé avec lesquels je remonterai le village vers la maison familiale pour les y déposer afin qu'on en sépare le grain de la paille. Je boirai des litres de thé au beurre salé, je mangerai des momos et du blé plus que j'en ai envie (à m'en rendre malade peut- être) et le soir, bien usé je plongerai, un brin sale, dans mon sac de couchage, pour mieux recommencer le lendemain. Olo Olo Olo Och faut-il lancer aux bœufs pour qu'il ne cessent de tourner sur les blés dans l'étape du treshing qui consiste à les faire marcher dessus pour forcer cette séparation.  Je ne sais pas si tout ça ressemblera à la dernière fois ou j'y ai participé, car là aussi...  Tout peut avoir changé.

Tiens,arlant changement, Sonam, le père de ma famille Ladakhie, à acquis une voiture. Celle-la même qui avait remplacé la voiture du cousin qui avait pris le haut ravin, blessant à mort le cher Mémé Norboo qui était l'homme fort de la famille. Le cousin en a acheté une neuve et mon ami en a hérité.   Son fils me disait hier qu'il avait proposé de venir nous chercher, sinon ça sera le bus sur les falaises, mais la bonne nouvelle, c'est que la terrible route à enfin étée pavée! J'ai presque plus envie de voir ça que de voyager avec un nouvel apprenti conducteur! Voilà encore des changements! Si la tendance se maintien, le prochain gouvernement sera formé...  Par des technocrates!

"Greater Kathmandou" ?











vendredi 29 août 2014

Le grand chambardement

            Je suis arrivé sain et sauf en terre himalayenne, après ce long voyage exténuant. Une chance que j'étais en classe affaire tout le long!  J'ai même réussi à me faire surclasser sur le vol Delhi-Leh, pour environ $20.50.

Les amis du guest-house, la proprio de mon petit restau tibétain préféré et même la commis à la Banque de Jammu et Cachemire étaient content de me revoir.  C'est fou comme la manière d'aller vers les autres influe sur le souvenir qu'on laisse de soi. Je dois avoir été bon garçon lors de mes précédentes aventures :-)

La fatigue est difficile à éliminer, mais je suis confiant que les vitamines, les médicaments pour l'altitude, le sommeil et de bons petit repas vont tranquillement me ramener au bonhomme que j'ai été ici, dans le passé.  Je disais à un des garçon de ma famille Ladakhie que j'aurai sous peu l'âge que son grand-père, son mémé, avait lorsque je les ai connu, il y a dix ans.  Ça me faisait tout drôle d'imaginer que je suis rendu à l'âge d'être un mémé!

Le seau d'eau chaude fut une bénédiction hier matin! En descendant de ce troisième vol, j'en avais tellement envie! Je ne pouvais pas me contenter d'attendre que l'eau chauffée au solaire soit chaude ( habituellement vers 15 heure).  Quelques minutes après la sortie de douche, le petit bonheur est arrivé à ma porte de chambre: le plus vieux et le plus jeune des garçons Lagapa. Tsering Dorje que j'avais vu pour la dernière fois à l'âge de15 ans en aura 21 sous peu. Quelle joie de le serrer dans mes bras!
Norboo, l'aîné, m'a parlé de son agence de voyage ouverte l'an passé, à demandé conseil et à écouté mes avis et encouragements avec de grands yeux. Il finira sans doute par trouver sa spécialité s'il veut se démarquer des autres petites agences comme la sienne et elles sont plus que nombreuses ici. Je lui ai promis de trouver un ami qui acceperait de lui créer un site web l'hiver prochain. Pensez à ça si vous avez ce genre de talent! Nous serons toute une famille à vous être reconnaissant!

Puis, je suis parti vers la banque pour déposer les sous si généreusement offerts pour mon jeune Paljor à qui il ne reste qu'une année de maîtrise à l'université de Jammu. Il étudie l'anglais et il est vraiement bon! Merci à tous ceux et celles qui ont permi cela par leur dons si généreux!
Sur le chemin, j'ai eu un grand choc! On a fait un rond-point et divisé en deux la voie qui montait vers la rue des commerces, Main Bazard, plus étonnant encore: la grande rue des commerces est en grand chambardement, elle sera transformée en esplanade avec des terrasses au centres et sans doute des cafés s'ajouteront.  Ça sera terminé dans trois ans m'ont dis les commerçants.  Ça c'est la vitesse Indienne, ou peut-être Ladakhie! Il y a dix ans, un veux Français qui était venu à Leh depuis l'ouverture du Ladakh en 1974, m'avait dit " je ne veux plus revenir! Leh est en train de devenir 'Little Kathmandou''...  S'il voyait ça!

Mais il n'y a pas que les chemins qui soient chambardés, la nature à elle aussi changé à la vitesse des changements climatiques. Ma première nuit à Leh a été arrosée par un bon orage électrique!
Dire que les guides-voyage disent encore que Leh ne reçoit que 100 mm de précipitation par an!
Et puis, toutes ces voitures qui pullulent! Évolution? Changement!

Si l'énergie peut me revenir, je devrais partir vers Hemis-Shukpachan ce lundi ou mercredi, par monts et par vaux, avec le Norboo qu'on doit certainement espérer là-bas, car les récoltes sont sur le point de débuter et il me sera difficile de ne pas offrir mes bras... Et mon dos.  On verra! Il faudra bien que je me ménage aussi si je veux une aventure plus santé que la dernière, lorsque je serai à Dharamsalla.

Je suis chez-moi, encore une fois, tout semble si familier ici de fois en fois. Je compte bien rapporter des images et, si j'y arrive, essayer de vous en mettre quelques-une sur le blogue, mais avec le genre de wi-fi qu'on trouve ici...   En tout cas, sur ma tablette les accents existent, contrairement aux ordis d'ici.
Je vous écris depuis la terrasse sur la toiture du restaurant où je prend mon deuxième souper depuis l'arrivé et devinez ce qu'ils écoutaient sur la télé lorsque je me suis installé à la table?  La lutte Américaine!  Mais rassurez-vous, ils se sont mis à la télé indienne juste après, avec ses soap bollywoodiens incroyables!

Bon week-end de la Fête du Travail à vous et n'hésitez pas à m'écrire si ça vous chante, ça me fera plaisir de vous lire!



Thundup


mercredi 27 août 2014

En attente du vol Delhi-Leh...

Je suis enfin arrive...  dans ce pays ou il est parfois impossible de trouver les accents sur les claviers.  Maudits anglais! C'est a Sa Majeste the Queen qu'il faut envoyer vos plaintes :-)

Les deux vols se sont connectes avec peu de delais, vu le depart tardif de Montreal (9:30).  Si jamais vous volez avec la classe affaire de Lufthanza, ne faites pas la meme erreur que moi, evitez la rangee 3 et meme la 4.  Le fuselage qui s'en va en pointe et les sieges qui sont places en oblique vers le mur des hulots donnent une impression de resserrement difficile a oublier dans les premieres heures!  Mais ne vous en faites pas, j'ai dormi quand-meme un bon quatre heure et demi grace a la petite moitie de ce somnifere de voyageur qu'on m'avait prescrit.  Au reveil, il faut eviter l'alcool et les fiandises et si vous etes famillier avec l'homeopathie, No Jet Lag  ca marche!

Je suis enfin arrive a Indira Ghandi Airport.  Delhi est aussi polluee que je l'avais laisse il y a deux ans! D'avantage en fait, parce qu'en decembre, il y a toujours moins de pollution dans l'air qu'en aout-septembre et le ciel est plus lumineux, devoilant son bleu unique.

Apres l'arrivee en sol Indien, j'ai pu "upgrader" mon siege sur Jet Airways, d'une classe economique obtenue avec des points accumules au cours des dernieres annees en Inde, j'ai pris un siege en "business".  Si peu cher par aller: $1100. Roupies, soit, environ $20. Can.  Le but n'etant pas de voyager en Premiere, mais d'avoir droit a un surplus de baggage qui autrement m'aurait coute plus cher, soit 300 Roupies le Kilos pour 3.9 kg.  J'ai donc sauve 100 roupies ($2.) et je suis au salon affaire en train de vous ecrire.  Ah la vie des voyageurs occidentaux endimanches!

Vous vous demandez si je suis fatigue?  Je vous mentirais mal!  J'ai meme un instant eu la forte impression que j'aurais du rester a Montreal !  Ca m'tentait pu pantoute!  Mais, bon, la fatigue c'est comme la vie, ca passe! Meme la gentille agent de bord d'origine Indienne, qui me traitait aux petits oignons sur le dernier vol vers Delhi l'a remarque: "You look very tired Sir! Were you working today?" J'ai pas su quoi repondre! J'ai dit "yes", plutot pour la rassurer je crois, ou peut-etre pour me rassurer moi-meme.

Il est 03:40 a Delhi (18:10 hre a Montreal).  Mon vol vers Leh est prevu pour 5:40, mais il y a toujours quelques minutes de retard.  Je devrais etre arrive a mon petit guest-house vers 8 hre (22:30 heure de Montreal, ce mercredi).  Comme d'habitude, j'essaierai de garder l'oeil ouvert jusqu'a la tombe du jour, mais la douche sera froide...  vive le Ladakh!

Voila! Je suis un peu "factuel", mais ne vous en faites pas, je retrouverai bien un regard poetique lorsque j'aurai recupere, lorsque j'aurai vecu...  quelques jours de plus!

Je vous embrasse!
Il ne vous reste que deux jours avant la fin de semaine!

A tres bientot!
Raymond...  qui redevient un peu plus Thundup ;-)

Voici de quoi avait l'air le ciel et la terre Ladakhie en volant vers Leh ce matin:





























mardi 26 août 2014

Du retard, de la Poutine d'Air Canada et de l'humanité qui voyage....

Je suis arrivé tôt, grace à Jacynthe qui a eu la gentillesse, l'enthousiasme de me conduire à l'aéroport.  Les gens de Lufthanza sont venus vers moi gentiment pour m'annoncer que le vol Mtl- Munich aurait du retard, 40 minutes! Imaginez! Comme j'étais certainement le premier (m'avez-vous déjà vu arriver en retard?) j'ai pu m'en registrer rapidement et me débarrasser de mon bagage principal. 18,3 kilos! Pas si mal finalement! J'avais droit à 30 kilos... deux fois!

Je ne suis pas doué pour le prestige...

Heureux d'être arrivé et d'avoir mes cartes d'embarquement en main, je me suis lancé au Starbucks pour un laté et une petite séance de wi-fi, question de décompresser et de télécharger la Presse.
Il m'aura fallu un petit courriel de Sylvain pour réaliser que je ne profitais pas du Salon Affaire d'Air Canada.  Vous vous doutez bien que je n'ai pas perdu de temps pour réparer mon erreur.
Et hop! Un verre de rouge et...  Une belle poutine servie par le chef lui-même! Je ne mangerai rien de tel poendant les prochains mois, alors...

Je n'aurais pas imaginé que la poutine puisse permettre de faire des rencontres.  "I just had one" me lance un gentil monsieur de première classe! Et nous voilà engagé dans une conversation profonde sur les motivations de mon séjour en  terre Indienne. Un autre voyageur d'à côté se joint à la conversation et l'humain se dévoile peu à peu en chacun. La pauvreté, la pollution, la beauté et la profondeur des êtres qui vivent dans des pays comme l'Inde; l'importance du geste de générosité, la conscience de la chance que nous avons d'aller voir ailleurs ...  brève mais généreuse conversation entre des gens qui savent où ils sont. Le dernier partait vers l'Algérie en passant par Francfort et il était troublé d'avoir vu des voyageurs clandestins se faire tirer dessus parce qu'ils avaient essayé d'embarquer à bord d'un bateau au port d'Alger.

Voilà!  Je suis seul à nouveau et il ne me reste qu'une gorgée d'un vin qui porte le nom de Philipps...  C'est vraiment le moment de partir!


Dans quelques heures...

        Il y a 13 ans, si on m'avait prédit que je retournerais dans l'Himalaya pour une septième fois avant de dépasser mes 55 ans, j'aurais été soit sceptique, soit très excité à l'idée que ce puisse être vrai.  Eh Bien c'est là où j'en suis!

Les dernières heures ont étés remplies de fébrilité, même si je suis prêt et habitué à voir venir les grands départs dans ma vies.  J'ai beaucoup voyagé dans cette vie, depuis les innombrables tournées de spectacles sur le continent et en Bretagne, jusqu'aux multiples voyages effectués avec Sylvain, de l'Asie aux pay du Nord de l'Europe, puis aux nombreux séjours dans l'Himalaya depuis l'été 2001, mais à chaque fois un petit déchirement vient doubler la joie que me procure l'aventure.  Partir signifie toujours laisser derrière, se séparer de ...

Mais ne vous en faites pas, mon sentiment est vécu dans un équilibre cultivé!  Lorsque je m'assoirai sue le siège qui m'est réservé dans l'Airbus 330 de la Lufthanza, ce soir, je serai en mode "là", "juste là". Je verrai pas derrière de toute façon!

Ce sera un long voyage.  Si tout va comme il est prévu, je serai emporté dans les airs vers 20:20 hr ce soir.  Je volerai 7:h40min vers Munich où le premier vol atterrira vers 9:50; puis le vol suivant décollera vers 11:55 pour arriver à Delhi à 23:00.  Un autre long vol d'une durée de 7:h30min.  Sur place, je prendrai mes bagages, changerai de terminal et prendrai le dernier vol vers 5:50 le lendemain matin vers Leh, capitale du Ladakh.  Je serai arrivé sur le haut Plateau Himalayen vers 7:15, soit 21:45 hre demain soir, heure du Québec.  Vous me suivez?

Cette année, je ne passerai pas beaucoup de temps à Delhi. Je ne ferai qu'y transiter!  

l'itinéraire sera semblable à celui des deux derniers séjours, mais viendront certainement s'ajouter ou s'imposer des changements et des petites sorties dans des lieux jamais visités.  Nous verrons bien.

Voilà, je n'ai pas beaucoup plus à vous dire pour le moment et je dois partir pour un dernier r-v chez mon chiro, question de faire ajuster quelques désordres accumulés afin de mieux me reposer au cours des prochains jours.  On m'a prescrit de petit somnifères d'avion et je compte bien les prendre pour quelques nuits afin de bien récupérer.

Je vous laisse sur une image qui vous dira où est mon esprit en ces dernières heures passées à Montréal.

À bientôt!
Écrivez-moi sur le blogue, signifiez-moi que vous me suivez vraiment et que ce ne sont pas que des voeux pieux :-)  Puis, devenez membres du blogue, comme ça je verrai une petite photo de vous dans le coin et j'aurai l'impression de vous parler dans l'oreille!

Raymond Thundup

vendredi 8 août 2014

Un ami m'accompagnera tout le long de cette aventure, mystique aventure!

                Dr Bruce, nous l'appèlerons Bruce tout simplement, a toujours rêvé de voyager dans la région Himalayenne.  Lorsque nous nous sommes rencontrés, il y a environ cinq ans, il était déjà à la retraite depuis quelque années.  Avec une longue carrière d'anesthésiste derrière lui, Bruce n'a jamais eu la chance d'aller voir cette région où les plus hauts sommets de la Terre se côtoient.  Il m'en a parlé à plusieurs reprises au cours des deux derniers étés.  Une grande soif d'espace, tant intérieur qu'extérieur l'animait alors et il m'avait même demandé de lui suggérer un bon livre sur le Bouddhisme.  Alors que son épouse lisait Le Livre Tibétain de la Vie et de la Mort, il a dévoré Bouddha Rebèle de Dzogchen Ponlop Rinpoché, en quête de réponse à sa vie.

À l'automne, alors que j'exposais mes plus belles images prises lors de sept séjours sur la terre des bouddhas, je leur ai offert, à lui et à son épouse, une photo que j'ai intitulée ''La porte du temple'', un de mes plus beaux clichés de la porte de la salle de prière du Monastère de Tiksé, au Ladakh.  Comme dédicace j'avais écris quelque chose comme ''Puisse cette porte être le symbole d'une entrée dans quelques chose de merveilleux''.  Comme les récits de mes aventures himalayenes l'avait captivé et avaient ravivé chez lui ce rêve d'y aller à son tour, je savais que ce présent lui serait précieux.

Depuis près de sept ans, mon nouvel ami avait dù se retirer de sa carrière de médecin-spécialiste à cause d'une terrible maladie dégénérative qui l'avait pris par surprise sur le milieu de la soixantaine.  Une de ces raretés du genre sclérose latérale amyotrophique, mais qui s'attaque en plus au cognitif et qui rend éventuellement fort difficiles les derniers temps de la vie.  La dernière fois que nous nous sommes parlés, son regard était vif, à la fois remplit de tristesse et de détermination.  Il m'avait dit, qu'il attendait avec hâte l'aboutissement de ce projet de loi sur le droit de décider de la fin de sa propre vie.  Je savais aussi qu'il rêvait tellement de grands espaces. Le projet de loi a finalement été voté avec grand retard sur sa vie, mais le plus inattendu de cette histoire c'est que hors de toute attente, de son côté comme du mien, il sera avec moi dans l'avion le 26 août prochain.

Je partirai donc avec lui, l'emmènerai sur les lieux les plus mystiques, depuis les géants de pierre du Haut Plateau Himalayen, jusqu'au Monastère de Namgyal où réside le 14ième Dalai Lama; de l'arbre où le Bouddha connu l'Éveil, aux montagnes enchantées de la Vallée de Kathmandou.  En sa présence, j'assisterai aux enseignements de trois grands Maître Tibétains: S.S. Le Dalai Lama, Chokyi Nyima Rinpoché et Lama Zopa Rinpoché.  Il m'accompagnera donc lors de plusieurs retraites et voyagera avec moi sur neuf des douze vols que j'effectuerai tout au long de mon séjour là-bas. Puis, avant de quitter la Vallée de Kathmandou, le 18 décembre prochain, j'aurai pris le temps de faire bénir ses cendres par mon maître, Lama Zopa Rinpoché, pui je les répandrai sur cette terre bénite par tant d'enseignements qu'il ne pourra plus jamais en revenir tant il sera comblé par la grâce des bouddhas.

Pour terminer, j'ai envie de vous dire:  si vous avez de grands rêves comme ceux que Bruce chérissait, faites comme lui...  Réalisez-les, mais n'attendez pas trop !

Épilogue
Au cours de l'automne dernier, Bruce a perdu de plus en plus de force, physique et mentales.  Il ne pouvait pas accepter de se trouver autant diminué par la terrible maladie qui l'affligeait.  Connaissant bien la médecine qu'il avait pratiquée, il avait prévu son départ.  Quelque heures avant qu'il s'administre lui-même son 'dernier cocktail de médicaments', il a regardé la photo de la porte du temple et il a dit à son épouse: ''C'est la porte par laquelle je vais sortir, et celle par laquelle tu vas entrer dans ta nouvelle vie''... quelque chose dans le genre ''je m'en vais''.  Ses nuits et ses jours étaient devenus pénible et il attendait le moment où il aurait assez de force pour s'en aller.

Quelques jours avant les fêtes de fin d'année, un matin, il a dit à son épouse de partir pour quelques heures et de ne revenir qu'à 15 heures.  Ils savaient tous les deux qu'il y avait enfin une fin, décidée et acceptée d'un commun accord.  Lorsqu'elle a repassé la porte (pour rentrer chez elle) il avait passé la grande porte qui transcende le temps et l'espace.

Ne voulant pas lui causer plus de souffrance, il avait tout prévu, depuis une lettre jusqu'à un message enregistré expliquant son geste...  pour que les enquêteurs ne fasse pas une longue histoire insensée avec tout ça.  Il y eut déjà suffisamment de peine à traverser, nul besoin d'en rajouter avec des procédures légales.  Même ses assurances étaient prévues en conséquence.

Il aurait tant aimé aller dans l'Himalaya! Eh bien il y sera!  Son épouse était fort heureuse de me remettre quelques traces laissées de son passage ici.  Le trésors précieux de cette présence recevra plus de bénédiction que quiconque autours de moi, mais personne ne saura, sauf les grands Lamas...  et vous!

Raymond Thundup