Je ne vous avis pas oublié!
Les inondations au Cachemire nous ont privé d'Internet jusqu'à hier soir... Et je quittais le haut plateau himalayen ce matin pour descendre vers Delhi, puis remonter vers le pied des montagnes.
Arriver du Ladakh directement sur Darhamsalla, le même jour, par la voie des airs plutôt que par une longue nuit d'autobus inconfortable me font voir le bourg du dalaï Lama à partir d'un autre point de vue fort different.
En descendant de l'avion, le calme et la tranquillité contrastent avec le tourbillon de Delhi. Pour 700 roupies, j'ai eu droit à une ballade en taxi sur quinze kilomètres de verte campagne en piedmont. Déjà, l'odeur des feux de bois parfument cet air humide qu'il me fait bon respirer et se mêle au parfum presque tropical que dégage la nature. C'est une Inde différente que celle de lHimachal Pradesh. On touche à un sentiment de sainteté assumée, tant dans les petits villages hindous qui bordent le petit chemin étroit montant vers McLeod Ganj. De plus en plus, on voit apparaître les drapeaux multicolores qui avec l'aide du vent léger distribuent leurs prières. Le Tibet en exhibe apparaît peu à peu et c'est un sentiment de retour à la maison qui me prend encore une fois, mais en bas des Himalayas, plutôt qu'au dessus.
Ce matin, à 4:35, il faisait froid sur Leh. Norboo est venu me chercher pour me mener à mon remiser vol et cette fois-ci, j'ai eu l'impression qu'on se reverrait sous peu. Je pouvais laisser le froid et la sécheresse, mais aussi la quiétude des petits monastères pour aller vers un nouveau voyage intérieur, celui des tibétains, depuis plus de 13 siècles. J'entrerai en retraite bientôt et pour un autre long moment je serai privé de vous écrire, mais cette privation ne fera qu'enrichir les réflexions qui suivront!
Je remerci tous ceux et celles qui m'ont envoyé des voeux le quatre septembre dernier. Même si je les ai reçu en retard, à cause de la pluies dévastatrice des dernières semaines à Srinagar, ils font plaisir à lire!
Le dalaï Lama est "en ville" car l'air semble pétiller plus qu'à l'habitude, même si le ciel dégagé de ce matin semble ramener des soubresauts de mousson. Je rêve de vous y accompagner un jour, si jamais lAventure Himalayenne vous paraissait possible à réaliser. Au moment où je vous écris ces mots, les cigales commencent à chanter le soir qui approche. C'est le ciel qui les trompe, car il n'est que 16:20.
Je vous laisse sur ces mots pour mieux aller lire les vôtres, car une soixantaine de courriels m'attendent et le wifi est plutôt lent ici.
Qu l'automne qui commence soir beau dans votre coin de terre! Profitez bien des derniers rayons chauds avant de ranger vos petits manteaux de printemps:-)
À bientôt
Thundup Raymond
Soyez de l'aventure! Commentez mes lettres et écrivez moi en vous faisant membre de ce blogue. Voyez sur la droite de la page.
vendredi 26 septembre 2014
Derniers jours sur Leh...
Leh, Ladakh, mercredi 24 septembre 2014
Il est passé midi, le soleil brille plei feu dans un ciel bleu comme la robe de la Vierge Marie, parsemé de petits cumulus. Je suis assis su le toit d'un petit café opéré par deux jeunes Ladakhie dans une maison du vieux Leh. Autour, on est en plein travaux de construction de deux nouveaux guest houses. Depuis mon siège, voilà ce que je vois:
L'esthétisme ici réside dans le tellement différent qu'on est vite charmé par ce que l'on peut voir.
Il y a des jours que j'attend le retour d'Internet pour vous écrire, mais il paraît que la connexion ne reprendra pas de si tôt! Peut-être même pas avant l'an prochain. Les petites agences d'aventure du coin souffrent énormément de ce manque. J'espère pour ma part ne pas vous avoir trop fait peiner à attendre. Les inondations ont déplacé d'énormes populations au Cachemire et elles sont la cause de bien des chambardements, même là où la pluie ne nous a apporté qu'un peu d'humidité bienfaisante.
J'en suis arrivé à ma 28 ième journée au Ladakh, ça fait donc 30 jours que je suis parti!
J'ai laissé derrière moi deux bonne semaines de moissons qui m'ont fatigué le corps comme l'esprit. Il m'est toujours à la fois agréable et difficile d'être chez mes amis ladakhis. Agréable parce que je les aimes et que leur compagnie m'est tellement agréable, mais difficile parce que les conditions dans lesquelles ils vivent sont parfois dures pour un corps habitué à la vie occidentale. Sécheresse, toilettes plus que rustiques, pas d'eau courante, rivière glacée pour se laver une fois tous les trois ou quatre jours, poussière et fumée omniprésentes, blé en abondance au menu, épices dans toutes les sauces et langue commune inexistante. C'est en effet au niveau de l'échange verbal que l'ennuie finit par se manifester, lorsqu'on ne sait plus écouter que des sons qui ne nous disent rien, cherchant les expressions du corps pour arriver à déchiffrer quelques propos. Nous avons pourtant tant de chose à nous dire et à apprendre les uns des autres, mais comme le disait si bien la vieille tante none gna bumbu "moi âne!" Eh bien moi aussi je suis un âne chère amie. Un soir où mon ex directeur et ami du Farm Project de 2004, Alex Norboo Thundup ( il a presque reçu le même nom que moi) était de passage pour souper la none en question à finit par lui dire, le coeur remplit de compassion pour moi, parle un peu avec lui pour ne pas qui s'ennuie! Comme nous sommes pareils et comme il serait magnifique de pouvoir en causer d'avantage! Mais les échanges du coeur n'en sont que plus riches. Le jour de mon départ, serrant Sonam ( le père) dans mes bras, j'ai eu comme eux quelques larmes que nous avons eu du mal à garder dans nos yeux! Thank you, Thank you so much for the help you bring to Paljor ( leur fils )! Thank you so much to Zhara! (Celle qui depuis des années s'est impliquée si généreusement pour que mon projet de support aux études de mon jeune ami puisse le mener du secondaire privé, jusqu'en fin de maîtrise à l'université de Jammu) and please bring your sister next time! Ce sont ces mots sincères qui se répètent à tous les deux ans depuis plus de dix ans, mais cette fois-ci était peut-être la dernière puisque mon jeune ami terminera ses études l'an prochain et que je ne puis jamais certifier que je reviendrai.
Je suis donc rentré sur Leh le 16 septembre dernier, avec l'espoir de pouvoir booker mon hébergement à Darhamsalla et vous envoyer des nouvelles et des images d'ici, mais nous devrons attendre au 26 ou à plus tard. Vous lirez encore une lettre d'aventure... Passée!
Qu'ai-je retrouvé sur Leh à mon retour de récoltes? Une chambre confortable où j'ai pu m'installer un petit autel et un coin pour méditer et effectuer mes petits rituels quotidiens, une bonne douche à l'eau chaude tous les matins, des menus variés pour mes repas, mais aussi l'accès à des lieux dans lesquels j'aime aller m'asseoir et méditer. Partout je suis accueilli avec tant de générosité que j'essaie de rendre de toutes les manières possibles. Tiens, il y a ce petit monastère tibétain sur la montagne qui surplombe Leh, juste en bas d'un grand monument dédié à la paix dans le monde, le Shanti Stupa, où le seule moine qui y réside m'ouvre si gentiment les portes et m'offre le thé lorsque je viens pour y méditer et réciter mes sadhana bouddhistes.
Je suis aussi retourné dans les grands monastère de la vallée de l'Indus: Tiksey, Hemis et j'ai rajouté celui de Stakna à ma collection. Magnifique découverte! Il y a 8 ans, à Leh, j'avais eu le privilège d'une rencontre privée avec le vieil abbé du monastère de Stakna qui avait effectué un rituel en règle pour une petite statuette du bouddha Manjushri que j'avais acheté. Ouvrant la bouche pour lui dire d'où je venais et pour le remercier, il m'avait fait signe du doigt chhhutt! En offrant un immense sourire dans son visage remplit de sagesse. Je n'oublierai jamais Mémé Stakna, comme les ladakhis l'appelait si affectueusement. Un grand moine de l'école Kagyu décédé en 2010. J'étais envahi par ce souvenir en voyant sa photo à l'intérieur des trois temples que j'ai visités, en privé, avec un ami français et le petit frère Norboo. Le moine qui nous a ouvert les portes était fort gentil et généreux à l'arrivé de deux bouddhistes de l'ouest.
La fatigue a lentement disparue avec le repos et les bons soins d'un amchi rencontré à l'institut de médecine tibétaine de Leh. Il m'a donné des médicaments (plantes en petites boules ou en poudres sèches) pour sept jours en me disant si vous allez mieux dans une semaine, vous pourrez les renouveller pour deux ou trois mois! Ce que j'ai fait ce matin! Cette médecine marche tellement bien sur moi. C'est peut-être parce que je suis là...
Il me reste encore quelques heures aujourd'hui, puis une journée complète demain pour profiter de cette lumière magnifique et ce ciel limpide du Ladakh. Vendredi, si la mousson ne s'interpose pas, j'atterrirai à Darhamsalla où je m'installerai pour presque quatre semaines. Un autre ciel m'attend, la seconde étape de ce périple himalayen commencera alors avec deux retraites, dont une avec le Dalaï Lama, dans son propre monastère de McLeod Ganj. Je suis prêt, car chaque jour de la première étape à été enrichi par de multiples arrêts sur les coussins de ma chambres et ceux des différents monastères fréquentés.
J'espère avoir la chance de vous envoyer des lettres en temps plus réel que différé, mais ces deux dernières faisant partie de mon chemin sur les routes de l'Himalaya, je ne pouvais pas penser vous en priver!
Je pense à vous de la-haut! :-)
Raymond Thundup
Il est passé midi, le soleil brille plei feu dans un ciel bleu comme la robe de la Vierge Marie, parsemé de petits cumulus. Je suis assis su le toit d'un petit café opéré par deux jeunes Ladakhie dans une maison du vieux Leh. Autour, on est en plein travaux de construction de deux nouveaux guest houses. Depuis mon siège, voilà ce que je vois:
L'esthétisme ici réside dans le tellement différent qu'on est vite charmé par ce que l'on peut voir.
Il y a des jours que j'attend le retour d'Internet pour vous écrire, mais il paraît que la connexion ne reprendra pas de si tôt! Peut-être même pas avant l'an prochain. Les petites agences d'aventure du coin souffrent énormément de ce manque. J'espère pour ma part ne pas vous avoir trop fait peiner à attendre. Les inondations ont déplacé d'énormes populations au Cachemire et elles sont la cause de bien des chambardements, même là où la pluie ne nous a apporté qu'un peu d'humidité bienfaisante.
J'en suis arrivé à ma 28 ième journée au Ladakh, ça fait donc 30 jours que je suis parti!
J'ai laissé derrière moi deux bonne semaines de moissons qui m'ont fatigué le corps comme l'esprit. Il m'est toujours à la fois agréable et difficile d'être chez mes amis ladakhis. Agréable parce que je les aimes et que leur compagnie m'est tellement agréable, mais difficile parce que les conditions dans lesquelles ils vivent sont parfois dures pour un corps habitué à la vie occidentale. Sécheresse, toilettes plus que rustiques, pas d'eau courante, rivière glacée pour se laver une fois tous les trois ou quatre jours, poussière et fumée omniprésentes, blé en abondance au menu, épices dans toutes les sauces et langue commune inexistante. C'est en effet au niveau de l'échange verbal que l'ennuie finit par se manifester, lorsqu'on ne sait plus écouter que des sons qui ne nous disent rien, cherchant les expressions du corps pour arriver à déchiffrer quelques propos. Nous avons pourtant tant de chose à nous dire et à apprendre les uns des autres, mais comme le disait si bien la vieille tante none gna bumbu "moi âne!" Eh bien moi aussi je suis un âne chère amie. Un soir où mon ex directeur et ami du Farm Project de 2004, Alex Norboo Thundup ( il a presque reçu le même nom que moi) était de passage pour souper la none en question à finit par lui dire, le coeur remplit de compassion pour moi, parle un peu avec lui pour ne pas qui s'ennuie! Comme nous sommes pareils et comme il serait magnifique de pouvoir en causer d'avantage! Mais les échanges du coeur n'en sont que plus riches. Le jour de mon départ, serrant Sonam ( le père) dans mes bras, j'ai eu comme eux quelques larmes que nous avons eu du mal à garder dans nos yeux! Thank you, Thank you so much for the help you bring to Paljor ( leur fils )! Thank you so much to Zhara! (Celle qui depuis des années s'est impliquée si généreusement pour que mon projet de support aux études de mon jeune ami puisse le mener du secondaire privé, jusqu'en fin de maîtrise à l'université de Jammu) and please bring your sister next time! Ce sont ces mots sincères qui se répètent à tous les deux ans depuis plus de dix ans, mais cette fois-ci était peut-être la dernière puisque mon jeune ami terminera ses études l'an prochain et que je ne puis jamais certifier que je reviendrai.
Je suis donc rentré sur Leh le 16 septembre dernier, avec l'espoir de pouvoir booker mon hébergement à Darhamsalla et vous envoyer des nouvelles et des images d'ici, mais nous devrons attendre au 26 ou à plus tard. Vous lirez encore une lettre d'aventure... Passée!
Qu'ai-je retrouvé sur Leh à mon retour de récoltes? Une chambre confortable où j'ai pu m'installer un petit autel et un coin pour méditer et effectuer mes petits rituels quotidiens, une bonne douche à l'eau chaude tous les matins, des menus variés pour mes repas, mais aussi l'accès à des lieux dans lesquels j'aime aller m'asseoir et méditer. Partout je suis accueilli avec tant de générosité que j'essaie de rendre de toutes les manières possibles. Tiens, il y a ce petit monastère tibétain sur la montagne qui surplombe Leh, juste en bas d'un grand monument dédié à la paix dans le monde, le Shanti Stupa, où le seule moine qui y réside m'ouvre si gentiment les portes et m'offre le thé lorsque je viens pour y méditer et réciter mes sadhana bouddhistes.
Je suis aussi retourné dans les grands monastère de la vallée de l'Indus: Tiksey, Hemis et j'ai rajouté celui de Stakna à ma collection. Magnifique découverte! Il y a 8 ans, à Leh, j'avais eu le privilège d'une rencontre privée avec le vieil abbé du monastère de Stakna qui avait effectué un rituel en règle pour une petite statuette du bouddha Manjushri que j'avais acheté. Ouvrant la bouche pour lui dire d'où je venais et pour le remercier, il m'avait fait signe du doigt chhhutt! En offrant un immense sourire dans son visage remplit de sagesse. Je n'oublierai jamais Mémé Stakna, comme les ladakhis l'appelait si affectueusement. Un grand moine de l'école Kagyu décédé en 2010. J'étais envahi par ce souvenir en voyant sa photo à l'intérieur des trois temples que j'ai visités, en privé, avec un ami français et le petit frère Norboo. Le moine qui nous a ouvert les portes était fort gentil et généreux à l'arrivé de deux bouddhistes de l'ouest.
La fatigue a lentement disparue avec le repos et les bons soins d'un amchi rencontré à l'institut de médecine tibétaine de Leh. Il m'a donné des médicaments (plantes en petites boules ou en poudres sèches) pour sept jours en me disant si vous allez mieux dans une semaine, vous pourrez les renouveller pour deux ou trois mois! Ce que j'ai fait ce matin! Cette médecine marche tellement bien sur moi. C'est peut-être parce que je suis là...
Il me reste encore quelques heures aujourd'hui, puis une journée complète demain pour profiter de cette lumière magnifique et ce ciel limpide du Ladakh. Vendredi, si la mousson ne s'interpose pas, j'atterrirai à Darhamsalla où je m'installerai pour presque quatre semaines. Un autre ciel m'attend, la seconde étape de ce périple himalayen commencera alors avec deux retraites, dont une avec le Dalaï Lama, dans son propre monastère de McLeod Ganj. Je suis prêt, car chaque jour de la première étape à été enrichi par de multiples arrêts sur les coussins de ma chambres et ceux des différents monastères fréquentés.
J'espère avoir la chance de vous envoyer des lettres en temps plus réel que différé, mais ces deux dernières faisant partie de mon chemin sur les routes de l'Himalaya, je ne pouvais pas penser vous en priver!
Je pense à vous de la-haut! :-)
Raymond Thundup
Ça finit par un coup de pied au c...
De la pluie dévastatrice, des récoltes et d'bon coup de pied au cul!
Au moment ou je publierai cette lettre et que vous la lirez, il y aura déjà au moins une semaine de plus qui se sera écoulée de ce mois de septembre Himalayen. Vous comprenez ici qu'internet n'est pas encore arrivé dans le cher petit village d'Hémis Shukpachan, mais on chuchote par en bas que ça ne devrait pas tarder à se manifester.
Dameline est le joli nom que Gilles Vigneault donne à la pluie, mais je ne crois pas qu'il l'aurait ainsi nommé s'il avait vécu en l'État de Jammu et Cashemire ces derniers temps.
Je suis parti de Leh, mercredi trois septembre, pour venir aider mes amis Lagapa à récolter le fruit de leur labeur, mais il pleuvait le soir de mon arrivée. Le 4 septembre, je me suis levé au son d'un goute à goute dans le seau de plastique que Tashi avait pris soin d'installer sous la sortie de cheminé, autrement le tapis du Cashemire aurait été imbibé de pluie. Ce jour de mes 56 ans n'avait rien de festif, mais il fut plutôt serein et contemplatif. Les nuages n'ont pas cessé de déverser leur pleures sur notre petite vallée et sur ses champs de blé, d'orge, de moutarde et de luzerne. Chaque soir, grâce à la radio, nous apprenions que la pluie continuerait de tomber... Jusqu'au six septembre. Quatre jours à regarder danser Dameline sur les champs, à la regarder piétiner ce qui attendait pourtant d'être récolté. Chaque jour de pluie nous faisait craindre la perte. Lorsqu'il pleut trop abondamment, les céréales peuvent être perdues.
Pendant ce temps là, la télé Cashemirie nous offrait en boucle des images désolantes de la capitale du Cashemir. Srinagar est innondée comme jamais auparavant. On a procédé à des évacuations massives, forçant les gens à trecker de par les montagnes pour regagner des lieux plus sécuritaires. DD TV Srinagar nous montrait une ville à moitié engloutie et des gens paniqués criant leur désespoir à un gouvernement trop lent à déployer son aide. Mais les déplacements de population sont moindre drame. Sur la route entre Jammu, la capitale d'hiver et Srinagar, la capitale d'été du Cashemire, à cause de la pluie qui avait brisé la route, un bus est tombé de falaise emportant 60 passagers dans la mort et ne laissant que trois survivants.
Mais, les heures grises, comme tout le reste, finissent toujours par passer. Les nuages se sont écartés un peu, samedi six septembre, pour nous donner quelques timides percées de lumière et quelques taches de bleu. En compagnie de la tante none Ani Chomo, de Tashi et de Sonam, de leur aîné Norboo Dorje, ainsi que d'un jeune Anglais venu séjourner dans la famille pour quelques jours (envoyé ici par l'ISEC, l'International Society for Ecology and Culture grâce à laquelle j'ai moi-même connu ma famille adoptive en 2004) nous sommes partis, faucilles en main, vers les champs de luzerne. Une heure et demi à couper et à charrier de la luzerne par grosses charges sur nos dos... et la pluie s'est remise à tomber. Lorsque je suis rentré, mes vêtements sentaient la vache mouillée, ou plutôt l'âne mouillé! Car c'est un travail d'âne que de porter ces gros ballots d'herbes sur son dos et de dévaler des champs, sauter des ruisseaux et marcher sur des cailloux roullants. J'étais exténué à la fin de cet après-midi là. La pluie à continué de tomber toute la soirée, puis toute la nuit.
Le passage du temps se manifestant à nouveau et dimanche le sept, le soleil se levait en même temps que nous autres. Tout ce qu'il faut pour aller terminer la luzerne. Une autre bonne période de labeur et de fatigue.
L'anglais et le fiston sont retournés vers Leh, dimanche et lundi, me laissant seul avec Tashi et la vieille tante none. À 71 ans, cette dernière travaille comme un bœuf! Ensemble, tous les trois, seulement tous les trois, nous avons commencé à arracher le blé mardi matin. Oui, oui! Arracher! Comme on le ferait pour la mauvaise herbe laissée à elle même tout un été! Imaginez-vous arrachant un grand champs de mauvaises herbes... C'est paraeil pour le blé et les autres céréales. Ici, on n'utilise pas la faucille, comme pour la luzerne ou la moutarde, on arrache tout simplement. Et vlan! De la terre plein les pieds, plein les genoux!
Parlant de genoux, vous et moi, vous le savez, nous ne sommes pas accroupis très souvent dans notre petite vie d'occidentaux. Bon, nous avons tous un peu jardiné et désherbé nos plates-bandes, mais nous pouvons nous offrir le luxe d'un petit banc, d'un bout de carton pour nous agenouiller et de pauses à volonté. Ici, rien de tout ça! Et ça dure des heures! Aussi, si le geste répétitif de la souri ou du clavier d'ordinateur réussit à nous causer des tendinites, imaginez la fatigue de mes mains blanches après cinq heures d'arrachage! La tendinite du blé je vous dis!
Mais à chaque petit geste que je pause, je sais que je les libère d'une partie de leur travail, que je leur enlève un peu, un tout petit peu de fatigue. Tiens, prenez aujourd'hui, mercredi 10 septembre, je me suis rendu au champs vers 8:30 et j'en suis sorti vers 13:30, avec deux pauses thé de dix minutes. Je suis ensuite rentré laver mes chaussettes et mes pieds, puis dîner en compagnie de tout le monde. Trois jeunes népalais dont une frêle jolie fille, les deux tantes nones, Tashi et Sonam, ensemble nous avons mangé une grande platée de riz et de légumes sautés, puis je suis rentré me reposer.
Une bonne heure de sadhana bouddhiste et quelques dizaines de cruches d'eau remplies à même la coulée d'eau des montagne, suivit de l'écriture de mon journal, voilà mes dernières heures. Il est déjà 18:05 et tous les autres sont encore au champs à arracher du blé. Je n'aurais pas pu en faire d'avantage. Cet après-midi, accroupi au ruisseau à laver la vaisselle, j'étais essoufflé comme si je venais de courir un km à toute vitesse. L'altitude!! Puis, comme je suis parti fatigué le 26 août dernier et surtout comme je ne suis pas accoutumé à ce genre de labeur, j'essaie de me réserver un peu. Tsapik sal, un peu de travail à chaque jour... Cinq heures c'est déjà pas mal!
Et le coup de pied au cul?
Hier matin, je suis allé à la source remplir une cruche de cinq litres. À la sortie d'eau se trouve un grand moulin à prière qu'il faut activer de toutes ses forces pour lui faire faire quelques tours et ainsi envoyer de milliers de prières dans toutes les directions. Un vieillard passant par là (comme dans un conte), aperçut le derrière bien positionné de celui qui remplissait son cruchon. Pensant sans doute avoir à faire à mon ami Sonam ou à un de ses charmants voisin de village, il se permit la maline blague de lancer son pied contre mon derrière bien en vue. Quelle ne fut pas ma surprise... Et son étonnement... lorsque je me suis retourné, l'ai aperçu et me suis mis à rire!
Voilà ce qu'il me fallait pour bien débuter cette journée de récoltes: un bon coup de pied au cul d'un vieux mémé Ladakhi!
Il me reste cinq jours à offrir à mes amis et les récoltes devraient être terminées avant mon départ. Sonam m'a offert de me conduire au monastère de Rizong pour une petite visite avant que je ne retourne sur Leh, mardi prochain. C'est le premier monastère que j'ai visité lors de mon premier séjour en 2014. J'y suis retourné à deux reprises, entre autres pour les fêtes du nouvel an 2009, alors que les hommes de mon village allaient porter des offrandes, danser, pour les moines, souper et dormir sur les lieux, pour recevoir des bénédictions du grand Lama le 2 janvier au matin. Merveilleux souvenir hivernal de ce lieu qui semble être demeuré perdu dans le temps et l'espace.
Voilà pour cette autre tranche des belles histoires du pays d'en haut! :-)
Au retour, j'aurai sans doute des nouvelles fraîches à vous donner!
Si les nouvelles d'ici vous ont inquiété, rassurez vous, je suis sain et sec.. et en bonne santé!
Raymond Thubten Thundup Dorjé
Au moment ou je publierai cette lettre et que vous la lirez, il y aura déjà au moins une semaine de plus qui se sera écoulée de ce mois de septembre Himalayen. Vous comprenez ici qu'internet n'est pas encore arrivé dans le cher petit village d'Hémis Shukpachan, mais on chuchote par en bas que ça ne devrait pas tarder à se manifester.
Dameline est le joli nom que Gilles Vigneault donne à la pluie, mais je ne crois pas qu'il l'aurait ainsi nommé s'il avait vécu en l'État de Jammu et Cashemire ces derniers temps.
Je suis parti de Leh, mercredi trois septembre, pour venir aider mes amis Lagapa à récolter le fruit de leur labeur, mais il pleuvait le soir de mon arrivée. Le 4 septembre, je me suis levé au son d'un goute à goute dans le seau de plastique que Tashi avait pris soin d'installer sous la sortie de cheminé, autrement le tapis du Cashemire aurait été imbibé de pluie. Ce jour de mes 56 ans n'avait rien de festif, mais il fut plutôt serein et contemplatif. Les nuages n'ont pas cessé de déverser leur pleures sur notre petite vallée et sur ses champs de blé, d'orge, de moutarde et de luzerne. Chaque soir, grâce à la radio, nous apprenions que la pluie continuerait de tomber... Jusqu'au six septembre. Quatre jours à regarder danser Dameline sur les champs, à la regarder piétiner ce qui attendait pourtant d'être récolté. Chaque jour de pluie nous faisait craindre la perte. Lorsqu'il pleut trop abondamment, les céréales peuvent être perdues.
Pendant ce temps là, la télé Cashemirie nous offrait en boucle des images désolantes de la capitale du Cashemir. Srinagar est innondée comme jamais auparavant. On a procédé à des évacuations massives, forçant les gens à trecker de par les montagnes pour regagner des lieux plus sécuritaires. DD TV Srinagar nous montrait une ville à moitié engloutie et des gens paniqués criant leur désespoir à un gouvernement trop lent à déployer son aide. Mais les déplacements de population sont moindre drame. Sur la route entre Jammu, la capitale d'hiver et Srinagar, la capitale d'été du Cashemire, à cause de la pluie qui avait brisé la route, un bus est tombé de falaise emportant 60 passagers dans la mort et ne laissant que trois survivants.
Mais, les heures grises, comme tout le reste, finissent toujours par passer. Les nuages se sont écartés un peu, samedi six septembre, pour nous donner quelques timides percées de lumière et quelques taches de bleu. En compagnie de la tante none Ani Chomo, de Tashi et de Sonam, de leur aîné Norboo Dorje, ainsi que d'un jeune Anglais venu séjourner dans la famille pour quelques jours (envoyé ici par l'ISEC, l'International Society for Ecology and Culture grâce à laquelle j'ai moi-même connu ma famille adoptive en 2004) nous sommes partis, faucilles en main, vers les champs de luzerne. Une heure et demi à couper et à charrier de la luzerne par grosses charges sur nos dos... et la pluie s'est remise à tomber. Lorsque je suis rentré, mes vêtements sentaient la vache mouillée, ou plutôt l'âne mouillé! Car c'est un travail d'âne que de porter ces gros ballots d'herbes sur son dos et de dévaler des champs, sauter des ruisseaux et marcher sur des cailloux roullants. J'étais exténué à la fin de cet après-midi là. La pluie à continué de tomber toute la soirée, puis toute la nuit.
Le passage du temps se manifestant à nouveau et dimanche le sept, le soleil se levait en même temps que nous autres. Tout ce qu'il faut pour aller terminer la luzerne. Une autre bonne période de labeur et de fatigue.
L'anglais et le fiston sont retournés vers Leh, dimanche et lundi, me laissant seul avec Tashi et la vieille tante none. À 71 ans, cette dernière travaille comme un bœuf! Ensemble, tous les trois, seulement tous les trois, nous avons commencé à arracher le blé mardi matin. Oui, oui! Arracher! Comme on le ferait pour la mauvaise herbe laissée à elle même tout un été! Imaginez-vous arrachant un grand champs de mauvaises herbes... C'est paraeil pour le blé et les autres céréales. Ici, on n'utilise pas la faucille, comme pour la luzerne ou la moutarde, on arrache tout simplement. Et vlan! De la terre plein les pieds, plein les genoux!
Parlant de genoux, vous et moi, vous le savez, nous ne sommes pas accroupis très souvent dans notre petite vie d'occidentaux. Bon, nous avons tous un peu jardiné et désherbé nos plates-bandes, mais nous pouvons nous offrir le luxe d'un petit banc, d'un bout de carton pour nous agenouiller et de pauses à volonté. Ici, rien de tout ça! Et ça dure des heures! Aussi, si le geste répétitif de la souri ou du clavier d'ordinateur réussit à nous causer des tendinites, imaginez la fatigue de mes mains blanches après cinq heures d'arrachage! La tendinite du blé je vous dis!
Mais à chaque petit geste que je pause, je sais que je les libère d'une partie de leur travail, que je leur enlève un peu, un tout petit peu de fatigue. Tiens, prenez aujourd'hui, mercredi 10 septembre, je me suis rendu au champs vers 8:30 et j'en suis sorti vers 13:30, avec deux pauses thé de dix minutes. Je suis ensuite rentré laver mes chaussettes et mes pieds, puis dîner en compagnie de tout le monde. Trois jeunes népalais dont une frêle jolie fille, les deux tantes nones, Tashi et Sonam, ensemble nous avons mangé une grande platée de riz et de légumes sautés, puis je suis rentré me reposer.
Une bonne heure de sadhana bouddhiste et quelques dizaines de cruches d'eau remplies à même la coulée d'eau des montagne, suivit de l'écriture de mon journal, voilà mes dernières heures. Il est déjà 18:05 et tous les autres sont encore au champs à arracher du blé. Je n'aurais pas pu en faire d'avantage. Cet après-midi, accroupi au ruisseau à laver la vaisselle, j'étais essoufflé comme si je venais de courir un km à toute vitesse. L'altitude!! Puis, comme je suis parti fatigué le 26 août dernier et surtout comme je ne suis pas accoutumé à ce genre de labeur, j'essaie de me réserver un peu. Tsapik sal, un peu de travail à chaque jour... Cinq heures c'est déjà pas mal!
Et le coup de pied au cul?
Hier matin, je suis allé à la source remplir une cruche de cinq litres. À la sortie d'eau se trouve un grand moulin à prière qu'il faut activer de toutes ses forces pour lui faire faire quelques tours et ainsi envoyer de milliers de prières dans toutes les directions. Un vieillard passant par là (comme dans un conte), aperçut le derrière bien positionné de celui qui remplissait son cruchon. Pensant sans doute avoir à faire à mon ami Sonam ou à un de ses charmants voisin de village, il se permit la maline blague de lancer son pied contre mon derrière bien en vue. Quelle ne fut pas ma surprise... Et son étonnement... lorsque je me suis retourné, l'ai aperçu et me suis mis à rire!
Voilà ce qu'il me fallait pour bien débuter cette journée de récoltes: un bon coup de pied au cul d'un vieux mémé Ladakhi!
Il me reste cinq jours à offrir à mes amis et les récoltes devraient être terminées avant mon départ. Sonam m'a offert de me conduire au monastère de Rizong pour une petite visite avant que je ne retourne sur Leh, mardi prochain. C'est le premier monastère que j'ai visité lors de mon premier séjour en 2014. J'y suis retourné à deux reprises, entre autres pour les fêtes du nouvel an 2009, alors que les hommes de mon village allaient porter des offrandes, danser, pour les moines, souper et dormir sur les lieux, pour recevoir des bénédictions du grand Lama le 2 janvier au matin. Merveilleux souvenir hivernal de ce lieu qui semble être demeuré perdu dans le temps et l'espace.
Voilà pour cette autre tranche des belles histoires du pays d'en haut! :-)
Au retour, j'aurai sans doute des nouvelles fraîches à vous donner!
Si les nouvelles d'ici vous ont inquiété, rassurez vous, je suis sain et sec.. et en bonne santé!
Raymond Thubten Thundup Dorjé
lundi 1 septembre 2014
Emanance
Emmanence
Cet après-midi, j'étais assis dans un petit temple bouddhiste au sommet d'une colline surplombant Leh. Ici, part quelques touristes qui passent, entrent, font "clic" et continuent de monter vers le Shanti Stupa, un grand monument bouddhiste dédié à la paix dans le monde qui se trouve juste devant le temple, il n'y a pas grand bruit qui se fasse entendre. Je m'y suis assis pour plus d'une demi-heure pour réciter quelques centaines de mantras et méditer.
J'étais seul.
Devant moi, dressé là dans le silence, un très grand bouddha doré à offre un magnifique sourire et des yeux presque rieurs. Je laissais mon regard se déposer sur lui. Om Muni Muni Maha Muniyé Soha, Om Muni Muni Maha, Muniyé Soha, Om Muni... La simple récitation tranquile de son mantra m'apportait une immense paix. Soudain, la lumière du dehors vint danser sur sa dorure. C'était un moment merveilleux! L'espace autour de nous devint flou, mais le grand Bouddha demeurait clair, souriant, paisible, limpide. Dans cette luminescence, une douce lumière blanche semblait émaner de lui vers moi, menveloppant, puis vers tout ce qui pouvait se trouver à cent lieux à la ronde.
Moment de grâce sans doute.
Dans un célèbre texte du grand yogi tibétain Ju Mipham Rimpoché il est écrit:
Dans le Samhadiraja Sutra, il est dit: Quiconque amené à son esprit le 'sage comme la Lune',le Bouddha demeure constamment devant lui et il atteindra pleinement le Nirvana
Je n'en douterai absolument pas!
Je partirai vers mon village demain, mercredi, pour au moins deux semaines de récoltes. Au retour, je vous promet quelques lettres!
Soyez heureux, heureuses
Soyez en paix!
Thundup
Cet après-midi, j'étais assis dans un petit temple bouddhiste au sommet d'une colline surplombant Leh. Ici, part quelques touristes qui passent, entrent, font "clic" et continuent de monter vers le Shanti Stupa, un grand monument bouddhiste dédié à la paix dans le monde qui se trouve juste devant le temple, il n'y a pas grand bruit qui se fasse entendre. Je m'y suis assis pour plus d'une demi-heure pour réciter quelques centaines de mantras et méditer.
J'étais seul.
Devant moi, dressé là dans le silence, un très grand bouddha doré à offre un magnifique sourire et des yeux presque rieurs. Je laissais mon regard se déposer sur lui. Om Muni Muni Maha Muniyé Soha, Om Muni Muni Maha, Muniyé Soha, Om Muni... La simple récitation tranquile de son mantra m'apportait une immense paix. Soudain, la lumière du dehors vint danser sur sa dorure. C'était un moment merveilleux! L'espace autour de nous devint flou, mais le grand Bouddha demeurait clair, souriant, paisible, limpide. Dans cette luminescence, une douce lumière blanche semblait émaner de lui vers moi, menveloppant, puis vers tout ce qui pouvait se trouver à cent lieux à la ronde.
Moment de grâce sans doute.
Dans un célèbre texte du grand yogi tibétain Ju Mipham Rimpoché il est écrit:
Dans le Samhadiraja Sutra, il est dit: Quiconque amené à son esprit le 'sage comme la Lune',le Bouddha demeure constamment devant lui et il atteindra pleinement le Nirvana
Je n'en douterai absolument pas!
Je partirai vers mon village demain, mercredi, pour au moins deux semaines de récoltes. Au retour, je vous promet quelques lettres!
Soyez heureux, heureuses
Soyez en paix!
Thundup
Inscription à :
Commentaires (Atom)










