Il est passé midi, le soleil brille plei feu dans un ciel bleu comme la robe de la Vierge Marie, parsemé de petits cumulus. Je suis assis su le toit d'un petit café opéré par deux jeunes Ladakhie dans une maison du vieux Leh. Autour, on est en plein travaux de construction de deux nouveaux guest houses. Depuis mon siège, voilà ce que je vois:
L'esthétisme ici réside dans le tellement différent qu'on est vite charmé par ce que l'on peut voir.
Il y a des jours que j'attend le retour d'Internet pour vous écrire, mais il paraît que la connexion ne reprendra pas de si tôt! Peut-être même pas avant l'an prochain. Les petites agences d'aventure du coin souffrent énormément de ce manque. J'espère pour ma part ne pas vous avoir trop fait peiner à attendre. Les inondations ont déplacé d'énormes populations au Cachemire et elles sont la cause de bien des chambardements, même là où la pluie ne nous a apporté qu'un peu d'humidité bienfaisante.
J'en suis arrivé à ma 28 ième journée au Ladakh, ça fait donc 30 jours que je suis parti!
J'ai laissé derrière moi deux bonne semaines de moissons qui m'ont fatigué le corps comme l'esprit. Il m'est toujours à la fois agréable et difficile d'être chez mes amis ladakhis. Agréable parce que je les aimes et que leur compagnie m'est tellement agréable, mais difficile parce que les conditions dans lesquelles ils vivent sont parfois dures pour un corps habitué à la vie occidentale. Sécheresse, toilettes plus que rustiques, pas d'eau courante, rivière glacée pour se laver une fois tous les trois ou quatre jours, poussière et fumée omniprésentes, blé en abondance au menu, épices dans toutes les sauces et langue commune inexistante. C'est en effet au niveau de l'échange verbal que l'ennuie finit par se manifester, lorsqu'on ne sait plus écouter que des sons qui ne nous disent rien, cherchant les expressions du corps pour arriver à déchiffrer quelques propos. Nous avons pourtant tant de chose à nous dire et à apprendre les uns des autres, mais comme le disait si bien la vieille tante none gna bumbu "moi âne!" Eh bien moi aussi je suis un âne chère amie. Un soir où mon ex directeur et ami du Farm Project de 2004, Alex Norboo Thundup ( il a presque reçu le même nom que moi) était de passage pour souper la none en question à finit par lui dire, le coeur remplit de compassion pour moi, parle un peu avec lui pour ne pas qui s'ennuie! Comme nous sommes pareils et comme il serait magnifique de pouvoir en causer d'avantage! Mais les échanges du coeur n'en sont que plus riches. Le jour de mon départ, serrant Sonam ( le père) dans mes bras, j'ai eu comme eux quelques larmes que nous avons eu du mal à garder dans nos yeux! Thank you, Thank you so much for the help you bring to Paljor ( leur fils )! Thank you so much to Zhara! (Celle qui depuis des années s'est impliquée si généreusement pour que mon projet de support aux études de mon jeune ami puisse le mener du secondaire privé, jusqu'en fin de maîtrise à l'université de Jammu) and please bring your sister next time! Ce sont ces mots sincères qui se répètent à tous les deux ans depuis plus de dix ans, mais cette fois-ci était peut-être la dernière puisque mon jeune ami terminera ses études l'an prochain et que je ne puis jamais certifier que je reviendrai.
Je suis donc rentré sur Leh le 16 septembre dernier, avec l'espoir de pouvoir booker mon hébergement à Darhamsalla et vous envoyer des nouvelles et des images d'ici, mais nous devrons attendre au 26 ou à plus tard. Vous lirez encore une lettre d'aventure... Passée!
Qu'ai-je retrouvé sur Leh à mon retour de récoltes? Une chambre confortable où j'ai pu m'installer un petit autel et un coin pour méditer et effectuer mes petits rituels quotidiens, une bonne douche à l'eau chaude tous les matins, des menus variés pour mes repas, mais aussi l'accès à des lieux dans lesquels j'aime aller m'asseoir et méditer. Partout je suis accueilli avec tant de générosité que j'essaie de rendre de toutes les manières possibles. Tiens, il y a ce petit monastère tibétain sur la montagne qui surplombe Leh, juste en bas d'un grand monument dédié à la paix dans le monde, le Shanti Stupa, où le seule moine qui y réside m'ouvre si gentiment les portes et m'offre le thé lorsque je viens pour y méditer et réciter mes sadhana bouddhistes.
Je suis aussi retourné dans les grands monastère de la vallée de l'Indus: Tiksey, Hemis et j'ai rajouté celui de Stakna à ma collection. Magnifique découverte! Il y a 8 ans, à Leh, j'avais eu le privilège d'une rencontre privée avec le vieil abbé du monastère de Stakna qui avait effectué un rituel en règle pour une petite statuette du bouddha Manjushri que j'avais acheté. Ouvrant la bouche pour lui dire d'où je venais et pour le remercier, il m'avait fait signe du doigt chhhutt! En offrant un immense sourire dans son visage remplit de sagesse. Je n'oublierai jamais Mémé Stakna, comme les ladakhis l'appelait si affectueusement. Un grand moine de l'école Kagyu décédé en 2010. J'étais envahi par ce souvenir en voyant sa photo à l'intérieur des trois temples que j'ai visités, en privé, avec un ami français et le petit frère Norboo. Le moine qui nous a ouvert les portes était fort gentil et généreux à l'arrivé de deux bouddhistes de l'ouest.
La fatigue a lentement disparue avec le repos et les bons soins d'un amchi rencontré à l'institut de médecine tibétaine de Leh. Il m'a donné des médicaments (plantes en petites boules ou en poudres sèches) pour sept jours en me disant si vous allez mieux dans une semaine, vous pourrez les renouveller pour deux ou trois mois! Ce que j'ai fait ce matin! Cette médecine marche tellement bien sur moi. C'est peut-être parce que je suis là...
Il me reste encore quelques heures aujourd'hui, puis une journée complète demain pour profiter de cette lumière magnifique et ce ciel limpide du Ladakh. Vendredi, si la mousson ne s'interpose pas, j'atterrirai à Darhamsalla où je m'installerai pour presque quatre semaines. Un autre ciel m'attend, la seconde étape de ce périple himalayen commencera alors avec deux retraites, dont une avec le Dalaï Lama, dans son propre monastère de McLeod Ganj. Je suis prêt, car chaque jour de la première étape à été enrichi par de multiples arrêts sur les coussins de ma chambres et ceux des différents monastères fréquentés.
J'espère avoir la chance de vous envoyer des lettres en temps plus réel que différé, mais ces deux dernières faisant partie de mon chemin sur les routes de l'Himalaya, je ne pouvais pas penser vous en priver!
Je pense à vous de la-haut! :-)
Raymond Thundup






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