Lorsque j'ai connu mon amie Aïs, en 1983, c'était un femme dans le début de la quarantaine. Elle avait un esprit vif, raisonné, pointu sur les questions artistiques, mais elle n'imposait jamais son opinion à cette bande de joyeux lurons que son époux venait de joindre. Éritage venait d'accueillir Ari Snyder comme nouveau pianiste et j'étais de ceux qui se réjouissaient de cette nouvelle association! Comme lead singer je déployais mes ailes et j'essayais de donner le meilleur de moi-même au sein de ce groupe formé d'extraordinaires musiciens et AÏs, épouse de notre nouvelle recrue, avait toujours les bons mots d'appréciation pour le travail que je faisais, mais elle savait aussi me montrer mes défauts avec tant de justesse et d'empathie. Elle m'avait dit un jour "you are too self indulgent!", à 26 ans, c'était difficile à recevoir, mais je savais que cette amie voyait clair et appréciait suffisamment mon talent pour me montrer mes défaillances afin que je m'attèle à l'humble tâche de les corriger. Elle ne l'a peut-être jamais remarqué par la suite, mais ça m'a appris à être plus authentique, mieux connecté à ma force intérieure, dans les années de carrière qui ont suivi.
Dans les dernières années elle a souffert énormément d'une suite de cancers qui l'ont grandement diminué, mais jamais elle n'a paru plaintive. Sourire aux lèvres, mots doux toujours présents dans sa bouche, tendre comme une petite feuille verte au printemps, elle a toujours démontré une grande affection pour moi et pour mon cher Sylvain, comme si nous étions ses propres enfants, ou ses propres frères. À Knowlton, où nous avions le bonheur renouvellé de nous rencontrer, tous les samedi matins, à notre beau marché publique, elle arrivait encore vers nous pour nous embrasser et prendre de nos nouvelles. Je l'ai vu quelques jours avant de partir vers les Himalayas, en août dernier, elle sortait d'un autre épisode difficile et sa mobilité était réduite au minimum.... Mais elle voulait marcher, tout comme elle voulait vivre. La voyant ainsi, je savais que je risquais peu de la revoir.
Ce matin, avec tristesse et empressement, je suis allé au monastère du Dalaï-Lama pour qu'on offre des pratiques à l'intention d'Aïs. On m'a donné quelques bénédictions à remettre à son époux, dès mon retour au pays, avant les prochaines fêtes de Noël.
Elle est parti, comme tant d'autres amis sont partis alors que je suis trop loin pour être à leurs côtés, physiquement. Ça me ramène des souvenirs de nouvelles qui furent douloureuses, comme la perte soudaine de mon cher ami et metteur en scène Denis Lessard, en septembre 2008, à peu près à la même date qu'Aïs d'ailleurs! Je m'amuse à penser, naïvement, que ces deux-là se croiseront, entre temps et espace, pour se parler des arts de la scène, car ils en étaient tous les deux si tant tellement passionnés.
Cette chère Aïs nous a quitté le 23 septembre dernier, entourée de tous les siens, chez-elle, à Knowlton, dans cette belle maison bordée de magnifiques fleurs qu'elle avait elle-même disposées et soignées, pour le plaisir de tous ces visiteurs que nous avons été, à un moment ou l'autre de ses dernières années.
À son époux, mon cher ami Ari Snyder, à ses enfants chéris Alegra et Baillard, à leurs conjoints et enfants, je dédierai mes plus secrètes pensées afin que la vie qui vient soit le moins lourd possible de son absence. Je sais qu'ils arriveront à continuer leur route sans elle, avec un coeur joyeux et léger, car c'est ce qu'elle nous a tous laissé comme souvenir de sa présence en cette vie.
Bon voyage Aïs! ... Et merci pour tout ce que tu m'as enseigné, je t'en suis proffondément reconnaissant!
Raymond thundup
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